Le désir d’avoir un enfant et celui de construire une relation de couple ne coïncident pas toujours.

Certaines personnes souhaitent devenir parents sans avoir rencontré le partenaire avec lequel elles voudraient également partager leur vie sentimentale.

D’autres ne souhaitent pas faire dépendre leur projet d’enfant de leur situation amoureuse. D’autres encore préfèrent choisir séparément la personne avec laquelle elles construiront leur parentalité et celle avec laquelle elles construiront éventuellement leur vie de couple.

La coparentalité hors couple permet précisément cette dissociation : construire avec une autre personne un projet parental commun, sans que leur relation repose sur la formation d’un couple entre elles.

Ce choix peut ainsi répondre à des situations personnelles très différentes et ouvrir une voie supplémentaire vers une parentalité partagée.

Le modèle familial le plus habituel réunit dans une même relation le couple amoureux, le désir d’enfant et la parentalité.

Mais ces différents projets n’évoluent pas toujours au même rythme.

Une personne peut éprouver un désir d’enfant alors qu’elle n’a pas rencontré de partenaire amoureux avec lequel elle souhaite devenir parent. Elle peut également souhaiter poursuivre sa vie sentimentale sans en faire la condition de réalisation de son projet parental.

La coparentalité hors couple permet alors de distinguer deux choix : celui de la personne avec laquelle on souhaite partager sa vie sentimentale et celui de la personne avec laquelle on souhaite construire une parentalité.

Le futur coparent est ainsi choisi pour le projet parental lui-même et pour la capacité des deux personnes à devenir ensemble les parents de l’enfant.

Par comparaison, dans le passé, les mariages étaient ainsi fondés sur la raison, en se concentrant sur les biens et les unions familiales.

Il est possible d’adopter cette même méthode de création de relations familiales, sur ce modèle du contrat de mariage, qui historiquement organisait les relations patrimoniales, personnelles, héréditaires et successorales de la famille et des futurs enfants.

Le projet de coparentalité consiste à trouver le parent qui convient à ses futurs enfants en se basant sur des critères objectifs tels que le profil parental, la proximité géographique, etc., et des critères subjectifs tels que : les bonnes relations interpersonnelles, le parcours de vie, l’apparence physique, etc.

Lorsque les futurs parents se trouvent dans une situation personnelle forte de désir d’enfant, un plan de coparentalité peut leur permettre de réaliser ce désir sans avoir à le lier à la recherche du partenaire amoureux et sexuel idéal. Cette façon de faire permet davantage au parent de maintenir une carrière professionnelle et d’éviter le risque de compromettre sa vie en cas de séparation ou de divorce.

La création d’une famille sans les vicissitudes de la vie conjugale et les ressentiments d’une séparation, apparaît plus dans l’intérêt de tous les membres de la famille, en raison des liens d’intérêts communs durables entre les parents au long terme.

En outre, le concept de coparentalité impliquant un partage des valeurs concernant le projet d’enfant, cela contribue au développement de sentiments et de liens forts au fil du temps, et même en l’absence d’une relation amoureuse.

Le partage de la responsabilité d’élever un enfant va créer un environnement stable pour son développement, et un sentiment de sécurité pour l’enfant.

Le projet de filiation coparentale apparaît comme une solution en ce qu’il permet de créer une famille sur une base beaucoup plus neutre et dissociée de nombreuses sources de conflits.

Les parcours personnels, professionnels et sentimentaux sont aujourd’hui plus diversifiés et moins linéaires.

La rencontre amoureuse, la construction d’une carrière, le désir de parentalité et le souhait de former durablement un couple peuvent apparaître à des moments différents de la vie.

Or le désir d’enfant peut, lui, être lié à un calendrier personnel et parfois biologique qui ne correspond pas nécessairement à celui de la vie sentimentale.

La coparentalité hors couple permet de ne pas subordonner entièrement le projet parental à cette coïncidence. Elle offre la possibilité de réfléchir directement à la personne avec laquelle construire une parentalité lorsque ce projet devient prioritaire.

La coparentalité hors couple s’inscrit dans une évolution plus générale des modèles familiaux et des parcours de vie.

Les individus disposent aujourd’hui d’une plus grande liberté pour choisir leur manière de vivre en couple, de rester célibataires, de se séparer ou de construire leur famille selon des modalités différentes.

Cette liberté ouvre de nouvelles possibilités, mais elle rend aussi moins automatique la rencontre, au même moment, d’une personne avec laquelle partager à la fois une relation amoureuse durable et un même projet parental.

La coparentalité hors couple permet précisément de dissocier ces deux dimensions : le projet parental peut être construit avec une personne choisie comme coparent, indépendamment de la relation sentimentale de chacun.


L’histoire de la famille a longtemps été marquée par un modèle fortement structuré par des règles sociales, religieuses et juridiques, ainsi que par une répartition très inégale des rôles entre les hommes et les femmes.

Sous ce régime, les individus ne disposaient pas d’une possibilité réelle de demeurer célibataire ou de fonder d’autres types de famille que celle de la norme, et sans pouvoir ensuite se séparer ni divorcer.

Ce modèle a progressivement perdu une grande partie de son caractère contraignant

Il est ainsi survenu une plus grande liberté de se marier ou de préférer l’union libre, de pouvoir divorcer, de rester célibataire, etc.

On a aussi pu voir la reconnaissance des droits de l’enfant, par un ensemble de règles juridiques internationales, visant à le protéger et à promouvoir son bien-être. Par exemple, son droit à être entendu sur les questions le concernant, la fin du statut discriminant de l’enfant adultérin, et de l’interdiction de minorer ses droits de successions etc.

L’évolution du droit a également conduit à une reconnaissance croissante de la diversité des couples, des orientations sexuelles, des identités de genre et des formes familiales.

Les femmes quant à elles ont acquis une plus grande autonomie politique, patrimoniale, sexuelle.

Cependant, malgré les progrès réalisés en matière de droits des femmes, notamment la féminisation de diverses professions, et l’augmentation de leur représentation dans toutes les instances décisionnelles, il existe encore des entraves à une pleine émancipation, même si dans l’ensemble, la société a permis une plus grande prise en compte de l’individu et des libertés individuelles.

D’un côté, les femmes sont appelées à relever le défi de concilier leur vie personnelle, professionnelle, et sentimentale.

Dans le même temps, la fertilité féminine diminue progressivement avec l’âge et plus nettement à partir d’un certain moment de la vie reproductive, ce qui peut rendre le calendrier du projet parental beaucoup plus contraint.

D’un autre côté, les hommes ont du également s’adapter à cette plus grande instabilité des normes sociales, mais ils ont aussi bénéficié de plus de liberté avec la fin du modèle traditionnel.

Ils peuvent retarder la formation d’un couple ou la parentalité, avec un calendrier biologique généralement moins contraint, sans pour autant être indifférent à l’âge.

Néanmoins, même si les femmes bénéficient de nouvelles libertés ou possibilités, il serait naïf de croire que les anciens modes de pensée auraient disparus.

Pour les femmes, la culpabilisation n’est jamais très lointaine sur tous ces sujets. Les influences culturelles et sociales les poussant très souvent à leur faire sacrifier leurs intérêts, dans l’intérêt de : la famille, des enfants, de leur compagnon, etc. Ces influences peuvent très vite réapparaître dans certaines circonstances : des choix professionnels, un simple déménagement, une séparation, etc.

projet d'enfant hors couple par convention d'avocat


C’est pourquoi il n’est pas surprenant que cette évolution de la société ait aussi eu pour conséquence de créer des difficultés relationnelles importantes entre les hommes et les femmes.

Ces difficultés se manifestent dans les relations professionnelles, les relations amoureuses, les relations sexuelles, et également dans la maternité et la constitution d’une famille.

Les influences sociétales et culturelles continuent toujours de véhiculer un modèle poussant garçons et filles, à chercher leur conjoint idéal, pour fonder une famille, à un jeune âge, et cela en contradiction avec les nouvelles réalités sociales.

Ainsi, de nombreuses femmes recherchent encore leur « prince charmant » dans la vingtaine, à avoir des enfants, alors que de nombreux hommes ne partagent pas forcément le même désir, ou au même moment.

Ce modèle continue de pousser les individus à trouver un partenaire idéal pour toute une vie, alors que ce modèle s’appliquait dans un passé où les individus se mariaient pour la plupart contraints, par conformisme ou coercition, et pour une espérance de vie plus bien plus courte.

Par ailleurs, le désir de se marier peut survenir plus tard dans la vie. La honte et la pression sociale qui imposaient autrefois des unions précoces ont largement disparues aujourd’hui. Les moteurs restants de ces unions précoces sont principalement culturels, et peuvent même souvent être inconscients.

L’augmentation de la liberté individuelle n’a pas supprimé les attentes sociales traditionnelles. Beaucoup de personnes continuent d’imaginer leur parcours selon une succession relativement classique : rencontre amoureuse, installation en couple, stabilité, puis enfant.

Or cette succession ne correspond pas toujours aux trajectoires réelles. La relation amoureuse peut survenir plus tard, connaître plusieurs étapes ou ne pas coïncider avec le moment où le désir d’enfant devient prioritaire.

Dans ce contexte, faire dépendre entièrement le projet parental de la rencontre d’un partenaire réunissant à la fois les qualités recherchées pour une relation amoureuse durable et celles attendues d’un futur parent peut devenir une contrainte importante.

La coparentalité hors couple propose une autre manière d’aborder cette difficulté : ne plus exiger qu’une même relation remplisse nécessairement, au même moment, toutes les fonctions sentimentales, conjugales et parentales

Il convient ainsi de rappeler que la durée moyenne d’un mariage est de 15 ans, et c’est pourquoi il serait plus logique de choisir un projet de vie plus conforme à ses intérêts, et d’interroger ses désirs, qui sont peut être induits par un modèle culturel devenu inadapté.

D’autre part, si le mariage peut permettre la création d’un patrimoine commun, et une stabilité financière accrue, au vu cependant du taux élevé de divorces et de séparations, cet avantage n’est plus garanti.

En cas de divorce conflictuel, la séparation soudaine peut entraîner une détresse psychologique intense et un ressentiment persistant à l’égard de l’ex-partenaire, surtout lorsque des enfants sont impliqués.

Cette pensée peut être décourageante ou anxiogène, mais il est peut être dans son propre intérêt de prendre en compte ces influences sociales, si elles sont un obstacle à son épanouissement personnel et à l’intérêt supérieur de l’enfant à naître.

Tout ceci met en évidence des difficultés que rencontrent les femmes et les hommes pour s’épanouir pleinement dans la société d’aujourd’hui.

La coparentalité hors couple apparaît ainsi comme une réponse possible à ces nouvelles trajectoires de vie : elle permet de construire une parentalité commune sans attendre que le projet d’enfant et le projet amoureux coïncident nécessairement.

Pour aller plus loin : à qui s’adresse la coparentalité hors couple ?